Aurélie Ingrand, sophrologue, relaxologue et thérapeute en relation d'aide | 3 idées reçues sur les émotions
 

3 idées reçues sur les émotions

En consultation, les émotions sont notre principal thème de travail et nous avons souvent besoin de remettre les choses au clair les concernant tellement les idées reçues pullulent et polluent notre vision des choses. En voici quelques unes, qui je l’espère vous permettront d’améliorer votre équilibre émotionnel

1) Il n’y a pas de bonnes émotions et de mauvaises émotions !

Au mieux, vous pouvez dire qu’il y a des émotions agréables et d’autres inconfortables mais la colère, la tristesse ou la peur sont loin d’être de mauvaises émotions.

La colère, la plus mal aimée peut être a un rôle fondamental : vous indiquer que quelque chose ne vous convient pas. Quand vous ressentez de la colère, une part de vous essaye de vous pousser à vous respecter, à ne pas accepter quelque chose qui ne serait pas ok pour vous, en cohérence avec vos valeurs ou qui vous êtes. C’est une information qui me semble importante, non ? Ce qui va souvent poser problème est l’expression de cette émotion : on a l’impression qu’être en colère c’est casser quelque chose, taper dans une porte, insulter tout le monde voire pire… mais ces manifestations sont le signe d’un fort débordement émotionnel ! Une expression saine de la colère, c’est simplement réussir à dire non. Quand je dis non, j’exprime ce refus de ce qui ne me convient pas.

La peur, elle, a un côté paralysant, on a la sensation qu’elle nous bloque, que sans elle on serait tellement plus heureux… mais en fait, sans elle, on serait mort ! La peur a ce rôle fondamental de nous protéger du danger : ce n’est quand même pas rien !!

La tristesse peut être très désagréable, ankylosante mais elle nous oblige à nous recentrer sur nous, afin de nous permettre de recouvrer suffisamment  de forces et d’énergie pour continuer à avancer malgré la perte (et cela, quelque soit la perte). Elle a aussi tendance à appeler de la compassion et ainsi nous permettre  d’être plus entouré, moins seul…

Ainsi, les 3 émotions de base que l’on qualifie trop souvent de négatives ont chacune un objectif suffisamment louable pour nous (protection, reconstruction, respect) pour qu’on redore leur blason : ce sont de bonnes émotions, parfois désagréables, inconfortables mais bonnes !

 

2) Nous n’avons pas à gérer nos émotions

Si l’on regarde la définition du mot gérer, il y a une notion d’administrer, d’organiser : ce n’est absolument pas compatible avec une émotion.

Une émotion vient vous délivrer un message sur vous et vous pousse à réagir en fonction de cette information : c’est son objectif et elle va tout mettre en œuvre pour le remplir ! Une collègue thérapeute utilise une image que je trouve très juste et explicite : une émotion est comme un ami qui vient vous voir chez vous. Il sait que vous êtes la et s’attend à ce que vous ouvriez dès qu’il frappe à la porte. Si vous ne lui ouvrez pas, il va taper de plus en plus fort. Si vous décidez de ne pas lui ouvrir, il peut appeler les pompiers et faire ouvrir la porte de force.

Ce n’est pas toujours confortable d’entendre ce message car la sensation physique n’est parfois  pas agréable mais surtout parce que ce message nous pousse à une action qui implique que les autres vont savoir ce que l’on ressent et c’est souvent très difficile : que ce soit vécu comme une preuve de faiblesse, comme un manque de maitrise de soi, comme une faille qui pourra être utilisée contre nous, … l’expression des émotions à la peau dure dans notre société !

Et pourtant, c’est le seul moyen que cette sensation désagréable s’apaise et qu’elle ne nous embarque pas dans une situation où l’on perd complètement de contrôle de soi…

Est-ce que cela veut dire que l’on doit toujours écouter ce que l’on ressent ? oui mais cela n’implique pas que nos réactions, comportements doivent suivre à la lettre ce que nos émotions nous poussent à faire à première vue ! Par exemple, si j’ai peur pour l’entretien annuel avec mon chef, cela ne signifie pas que je dois éviter cette situation et m’enfuir dès qu’il essaye de convenir de la date. Mais ce n’est pas non plus en nous flagellant d’avoir peur que nous allons réussir à aller plus loin ou plus vite ! En reconnaissant cette peur et en la légitimant (mais bien sur que j’ai le droit d’avoir peur de cet entretien), vous éviterez déjà de perdre votre énergie à essayer de faire disparaitre quelque chose qui est là et qui a pour seule vocation d’être entendue (et qui a encore une fois tous les moyens nécessaires pour !). Une fois entendue, l’émotion s’apaise et laisse alors beaucoup plus de  place à notre capacité de réflexion pour trouver une solution qui nous convient au mieux : placer l’entretien juste après une activité qui nous met en confiance, prendre le temps de le préparer, en discuter…ou tout autre chose qui vous permettra de le vivre au mieux.

 

3) N’importe quelle force de volonté ne peut pas faire disparaitre une émotion non entendue.

On a tendance à croire qu’on peut lutter contre nos émotions et qu’à part de rare fois où on a la sensation de déborder complètement, le reste du temps on maitrise… C’est une vraie méconnaissance concernant les mécanismes en place ! Une émotion, comme on l’a vu précédemment a besoin d’être entendue. Si elle ne l’est pas, plusieurs choses peuvent se passer :

– son intensité va augmenter jusqu’à nous forcer à l’entendre (crise d’angoisse, violence incontrôlable…)

– elle va se transformer en autre chose : nous pouvons mettre en place dans l’enfance des stratégies pour essayer d’éviter d’exprimer des émotions qui ne seraient pas acceptées dans notre famille. Elles consistent à transformer l’expression naturelle en une expression plus acceptable : par exemple, si dans ma famille la colère n’est pas acceptable mais que la tristesse déclenche des réactions agréables pour moi, dès que je ressens la colère je vais exprimer de la tristesse. Ce mécanisme peut même aller jusqu’à transformer le ressenti de la colère en ressenti de tristesse : je ne suis plus jamais en colère mais je pleure très souvent. Dans cette exemple, une émotion en cache une autre mais on peut aussi choisir d’exprimer un symptôme : dès que je suis en colère, je vais avoir mal au ventre ou être fatiguée !

Bien entendu, ce mécanisme mis en place dans l’enfance se perpétue dans notre vie d’adulte.

Cela pourrait être un bon moyen de ne pas affronter des émotions qui sont désagréables pour nous mais malheureusement, cela ne fonctionne pas à 100 %, c’est-à-dire que je ne peux pas transformer toute ma colère en tristesse ou en maux de ventre, il va en rester un peu que je vais avoir tendance à accumuler.. et quand j’en aurais suffisamment, une certaine forme d’autorisation va se créer : j’ai suffisamment enduré de situations pas ok pour moi pour que sur la dernière, je puisse exprimer vraiment la colère que je ressens plus toutes celles que j’ai accumulées ! et cela donne une explosion qui est complètement disproportionnée par rapport à la situation et qui entraine des dégâts collatéraux. La plupart du temps, cette autorisation ne vient que lorsque nous sommes avec des personnes avec qui nous nous sentons suffisamment en confiance pour pouvoir exploser sans remettre en cause leur amour : on fait donc subir ces explosions aux personnes qu’on aime le plus !

– Si vraiment, les émotions n’ont pas la possibilité d’être entendues, elles vont être stockées et vont pouvoir déclencher des maladies dites psychosomatiques. Cela signifie que la maladie qui est bien physiques  (les symptômes sont visibles et mesurables) n’a pas pour origine une cause extérieure (virus, bactérie, ..) ou une malformation physiologique  mais le malaise intérieur que ces émotions non entendues vont entrainer.

Ainsi, quoiqu’il arrive, l’émotion va toujours réussir à avoir un impact sur nos réactions ou notre vie quelque soit notre volonté de l’écouter ou non.

 

J’espère que ces informations vont vous faire cheminer par rapport aux émotions que vous ressentez et vous les faire apprécier d’autant plus ! N’hésitez pas à commenter ou à me contacter directement si vous avez des questions ou des remarques !

PS : La collègue thérapeute à laquelle je fais référence est Laurence Dudek et j’en profite pour vous informer qu’elle a écrit un livre extraordinaire sur l’éducation bienveillante que je vous conseille vivement si ce sujet vous intéresse : Parents bienveillants, enfants éveillés les 10 clés de l’éducation efficace